Topographies musicales

J’ai toujours eu le désir profond de donner forme à la musique, de l’imaginer comme un espace, une matière, une intensité, de pouvoir visualiser et toucher ce qui, d’ordinaire, ne s’entend qu’à l’intérieur de soi. A partir d’œuvres pianistiques qui ont marqué mon univers musical, j’en ai extrait quelques mesures qui, selon moi, révèle la magie du morceau choisi. Chaque fragment est analysé dans sa structure, sa forme, sa ligne et sa construction harmonique.

Suivant une trame graphique que j’ai développée dont l’axe Y correspond aux 88 touches du piano et l’axe X, celui du tempo, l’extrait y est retranscrit rigoureusement. Une constellation de point apparaît, ensuite les lignes mélodiques primaires et secondaires, puis le tissage qui les lie entre elles. Après plusieurs itérations, la troisième dimension apparait enfin. L’axe Z symbolise l’intensité musicale, celle que je ressens à l’écoute ou à l’interprétation.

Ces “topographies musicales” sont des parcours sensibles, à la fois tridimensionnels et émotionnels.

Sculpter le bois

Les premières traces de notation musicale, celles des tablettes mésopotamiennes (1400–2000 av. J.-C.), mêlent déjà texte et formes gravées, proches d’un bas-relief. Leur matérialité rend visible l’organisation du son. Creuser la matière s’est donc imposé naturellement dans ce projet.

Après ma visite aux ateliers Steinway de Hambourg, j’ai été impressionnée par la précision du travail du bois et par l’identité propre à chaque instrument. Le bois entretient depuis toujours un lien de longévité et de caractère avec la facture instrumentale. J’ai choisi le hêtre comme support, un des bois utilisés pour la fabrication d’un piano : un matériau robuste, sensible et vivant.

Le bois donne aussi à chaque pièce une singularité : ses veines, révélées par la soustraction de matière, semblent suivre le mouvement du son.

Enfin, le fragment musical est découpé selon les mesures du morceau, ce qui permet de lire plus clairement sa structure rythmique.